mercoledì 26 novembre 2008
martedì 25 novembre 2008
Père Noël
- Une machine à me télé-porter
La première machine nécessaire à un professeur malmené est une machine à se télé-porter, en l'occurrence à me télé-porter.
Les profs malmenés sont bien souvent amenés à se déplacer sans cesse et sans sens précis.
Leur établissement de rattachement est à un endroit, le deuxième établissement où ils doivent effectuer une partie de leur service à un autre et le troisième encore ailleurs. On se demande parfois comment fait le Rectorat pour trouver des regroupements aussi facétieux. On aurait même envie de le rencontrer, celui qui a imaginé ça, pour lui demander dans le blanc des yeux s'il conçoit véritablement qu'un enseignant aussi nomade puisse éprouver un quelconque bien-être professionnel.
Il m'est arrivé, une année, de travailler à Champtoceaux et à Angers, tout en habitant à Nantes. Cette année, c'est Toulouse, Montrabé et Nailloux qui sont sortis du chapeau d'on ne sait quel esprit sadique.
Voilà pourquoi je demande une machine à me télé-porter au Père Noël.
(en fait j'en ai déjà une, celle du Château Ambulant, mais pour le moment, elle ne fonctionne pas... et de toute façon elle n'est pas faite pour le travail... elle, elle est faite pour les sentiments)
La première machine nécessaire à un professeur malmené est une machine à se télé-porter, en l'occurrence à me télé-porter.
Les profs malmenés sont bien souvent amenés à se déplacer sans cesse et sans sens précis.
Leur établissement de rattachement est à un endroit, le deuxième établissement où ils doivent effectuer une partie de leur service à un autre et le troisième encore ailleurs. On se demande parfois comment fait le Rectorat pour trouver des regroupements aussi facétieux. On aurait même envie de le rencontrer, celui qui a imaginé ça, pour lui demander dans le blanc des yeux s'il conçoit véritablement qu'un enseignant aussi nomade puisse éprouver un quelconque bien-être professionnel.
Il m'est arrivé, une année, de travailler à Champtoceaux et à Angers, tout en habitant à Nantes. Cette année, c'est Toulouse, Montrabé et Nailloux qui sont sortis du chapeau d'on ne sait quel esprit sadique.
Voilà pourquoi je demande une machine à me télé-porter au Père Noël.
(en fait j'en ai déjà une, celle du Château Ambulant, mais pour le moment, elle ne fonctionne pas... et de toute façon elle n'est pas faite pour le travail... elle, elle est faite pour les sentiments)
giovedì 16 ottobre 2008
La machine à conclure
On sait combien la fin d'un texte est importante. Après avoir lu le dernier mot, on ferme le livre et on s'échappe. C'est l'ultime lien entre l'auteur et le lecteur avant la séparation. Un bon texte, pour laisser un goût agréable en bouche, doit donc avoir une fin harmonieuse.
Voici une machine qui vous permettra de trouver le dernier mot le plus adapté à votre texte.
Matériel
une vingtaine de dictionnaires de français
un sèche-cheveux
une plume
Mise en place
Installez-vous dans la pièce dans laquelle vous écrivez généralement. Tapissez le sol de dictionnaires ouverts à une page aléatoire. Branchez le sèche-cheveux vers la porte d'entrée de cette pièce et munissez-vous d'une plume d'oiseau.
Procédé
Tenez la plume devant le sèche-cheveux et faites en sorte que l'air chaud la maintienne en l'air pendant plusieurs secondes. Quand vous jugez qu'elle a suffisamment virevolté, coupez le courant et laissez-la retomber doucement.
C'est sa chute qui vous donnera la réponse : le mot sur lequel elle se posera précédera immédiatement le point final.
Voici une machine qui vous permettra de trouver le dernier mot le plus adapté à votre texte.
Matériel
une vingtaine de dictionnaires de français
un sèche-cheveux
une plume
Mise en place
Installez-vous dans la pièce dans laquelle vous écrivez généralement. Tapissez le sol de dictionnaires ouverts à une page aléatoire. Branchez le sèche-cheveux vers la porte d'entrée de cette pièce et munissez-vous d'une plume d'oiseau.
Procédé
Tenez la plume devant le sèche-cheveux et faites en sorte que l'air chaud la maintienne en l'air pendant plusieurs secondes. Quand vous jugez qu'elle a suffisamment virevolté, coupez le courant et laissez-la retomber doucement.
C'est sa chute qui vous donnera la réponse : le mot sur lequel elle se posera précédera immédiatement le point final.
giovedì 2 ottobre 2008
Va, Lise
Il avait coutume de dire que ce qu'il possédait tenait intégralement dans sa tête car les biens matériels ne l'intéressaient pas. Il vivait dans un appartement d'une seule pièce presque entièrement vide. Une porte d'entrée, une grande porte-fenêtre donnant sur une cour intérieure et, au milieu de la pièce, une valise. Il l'avait baptisée Lise et il aimait lui dire « Va, Lise » mais jamais elle ne bougeait si lui ne se déplaçait pas avec elle.
Pour se nourrir, il l'ouvrait, en sortait un camping-gaz et se faisait mitonner de bons plats savoureux, car il faisait très bien la cuisine. Lorsqu'il avait terminé, il sortait un livre et le lisait. Il n'en avait qu'un et le relisait sans cesse avec un même plaisir. Il s'efforçait de ne pas l'apprendre par coeur, mais c'était très difficile car sa mémoire, bien malgré lui, retenait parfois des phrases ou même des paragraphes entiers. Quand il se rendait compte qu'il en avait trop mémorisé, il s'obligeait à ne plus le lire pendant quelques jours pour l'oublier.
Pendant ces périodes de disette littéraire, il parlait à Lise. Elle, dans sa position de repos, semblait réellement l'écouter. Il lui racontait des histoires que son livre lui inspirait. Il inventait des planètes minuscules dans lesquelles un unique habitant vivait des histoires d'adulte. Sur chacune des planètes qu'il décrivait, vivait une valise, personnage important dans l'histoire ou simple figurant. C'était pour ne pas ennuyer sa seule auditrice. Pourtant, à certains moments, il lui semblait qu'elle ne l'écoutait plus. Il trouvait ça normal que, parfois, elle se repose un peu et lui pardonnait ses absences et bien plus encore.
Pour ne pas la déranger pendant ces siestes, il sortait faire un tour du quartier. Il regardait à l'intérieur des maisons, au rez-de-chaussée, pour voir ce que faisaient les gens. La plupart d'entre eux regardaient la télévision. Dans une attitude passive et résignée, ils étaient assis et attendaient qu'on leur parle d'eux. Il songea que ces gens étaient comme sa valise, ils aimaient se reconnaître dans les histoires qu'on leur disait. Mais elle était différente car elle n'était ni passive ni résignée. Elle était toujours prête à se remplir d'objets variés, prête à partir, prête à changer son quotidien.
Il n'aimait pas sortir trop longtemps et rentrait rapidement chez lui.
Pour se nourrir, il l'ouvrait, en sortait un camping-gaz et se faisait mitonner de bons plats savoureux, car il faisait très bien la cuisine. Lorsqu'il avait terminé, il sortait un livre et le lisait. Il n'en avait qu'un et le relisait sans cesse avec un même plaisir. Il s'efforçait de ne pas l'apprendre par coeur, mais c'était très difficile car sa mémoire, bien malgré lui, retenait parfois des phrases ou même des paragraphes entiers. Quand il se rendait compte qu'il en avait trop mémorisé, il s'obligeait à ne plus le lire pendant quelques jours pour l'oublier.
Pendant ces périodes de disette littéraire, il parlait à Lise. Elle, dans sa position de repos, semblait réellement l'écouter. Il lui racontait des histoires que son livre lui inspirait. Il inventait des planètes minuscules dans lesquelles un unique habitant vivait des histoires d'adulte. Sur chacune des planètes qu'il décrivait, vivait une valise, personnage important dans l'histoire ou simple figurant. C'était pour ne pas ennuyer sa seule auditrice. Pourtant, à certains moments, il lui semblait qu'elle ne l'écoutait plus. Il trouvait ça normal que, parfois, elle se repose un peu et lui pardonnait ses absences et bien plus encore.
Pour ne pas la déranger pendant ces siestes, il sortait faire un tour du quartier. Il regardait à l'intérieur des maisons, au rez-de-chaussée, pour voir ce que faisaient les gens. La plupart d'entre eux regardaient la télévision. Dans une attitude passive et résignée, ils étaient assis et attendaient qu'on leur parle d'eux. Il songea que ces gens étaient comme sa valise, ils aimaient se reconnaître dans les histoires qu'on leur disait. Mais elle était différente car elle n'était ni passive ni résignée. Elle était toujours prête à se remplir d'objets variés, prête à partir, prête à changer son quotidien.
Il n'aimait pas sortir trop longtemps et rentrait rapidement chez lui.
mercoledì 17 settembre 2008
Machine à mettre en boîte les ilfautismes
Les repérer
Nom : Ilfautisme
Zone géographique : Très répandu dans toutes les régions de France métropolitaine
Race : Empêcheur de suivre son chemin de petit bonhomme
Description physique : L’ilfautisme peut se cacher à tout endroit dans une phrase. Il peut même constituer un discours à lui seul. Il s’agit alors d’une forme ultra autoritaire. Il faut !
Il peut être conjugué au présent, comme dans l’exemple précédent, mais également au futur, Il faudra, ou au conditionnel, Il faudrait. Il est terrifiant au passé, Il a fallu Il fallait Il fallut, ou au conditionnel passé, Il aurait fallu Il eut fallu, car on a alors plus les moyens d’agir.
Il est parfois adouci par des formulations détournées : Je crois qu’il faudrait ou Il se peut qu’il faille. Ne vous laissez pas amadouer, il est tout aussi dangereux.
Particularité : Un ilfautisme est inéluctablement lié à l’individu qui le prononce, l'« ilfautiste ».
Reproduction : L’ilfautisme est particulièrement à l’aise dans les milieux prétentieux, moralisateurs ou arrogants. Il s’y multiplie à une vitesse remarquable. Si on leur laisse la possibilité de s’installer , ils pullulent rapidement et il devient extrêmement compliqué de s’en débarrasser.
Longévité : La durée de vie d’un ilfautisme est très courte. Son existence est divisée en trois moments :
l’élaboration : quand l’individu le formule dans sa tête avant de le prononcer
la réalisation : le moment où l’individu dit la phrase qui le contient
la rumination : le moment où l’individu regrette sa formulation malheureuse
Nota Bene : Très souvent, l’élaboration et la réalisation sont contemporaines. La rumination, quant à elle, est un phénomène très rare. On ne la constate que chez des sujets particulièrement faibles.
Santé : Un ilfautisme sain doit être réalisé sur un ton franc, sec et à un volume sonore élevé. La maladie la plus fréquente dont souffrent les ilfautismes est bien sûr le doute. Les symptômes sont faciles à déceler : l’individu hésite, balbutie, transpire, parle à voix basse ou regarde ses chaussures. La situation est particulièrement inquiétante quand l’individu rougit.
Soin : Bien que notre objectif soit de le mettre en boîte, nous ne souhaitons la mort d’aucune espèce. Aussi, nous vous livrons une idée pour secourir un ilfautisme.
Rassurez l’ilfautiste qui le prononce en lui répétant cette réplique : « Tu es sûr de toi. Tu sais. Tu sais mieux que les autres. Tu as de bonnes raisons pour savoir mieux que les autres. Ton expérience ou ton intelligence te permettent de savoir mieux que les autres. »
Les attraper
C’est bien le mot et non l’individu que vous devez attraper. Le seul matériel nécessaire est un rouleau de scotch. La seule chose à savoir est la suivante : « aucun ilfautisme ne résiste à lui-même ! »
Dès que vous sentez qu’un ilfautisme est en cours d’élaboration, si vous prononcez la phrase : « il faut coller le scotch » en menaçant l’ilfautisme en fabrication d’un morceau de scotch, il s’arrachera à l’esprit de l’individu et viendra se coller au scotch sans attendre.
Les mettre en boîte
Le plus dur est fait. Il ne vous reste plus qu’à coller le scotch en le pliant en deux et le déposer dans une boîte prévue à cet effet. Pour les flatter, n’hésitez pas à leur offrir une belle boîte sur laquelle vous aurez écrit « boîte à ilfautisme » et dans laquelle vous aurez glissé quelques « oui » dociles.
Nom : Ilfautisme
Zone géographique : Très répandu dans toutes les régions de France métropolitaine
Race : Empêcheur de suivre son chemin de petit bonhomme
Description physique : L’ilfautisme peut se cacher à tout endroit dans une phrase. Il peut même constituer un discours à lui seul. Il s’agit alors d’une forme ultra autoritaire. Il faut !
Il peut être conjugué au présent, comme dans l’exemple précédent, mais également au futur, Il faudra, ou au conditionnel, Il faudrait. Il est terrifiant au passé, Il a fallu Il fallait Il fallut, ou au conditionnel passé, Il aurait fallu Il eut fallu, car on a alors plus les moyens d’agir.
Il est parfois adouci par des formulations détournées : Je crois qu’il faudrait ou Il se peut qu’il faille. Ne vous laissez pas amadouer, il est tout aussi dangereux.
Particularité : Un ilfautisme est inéluctablement lié à l’individu qui le prononce, l'« ilfautiste ».
Reproduction : L’ilfautisme est particulièrement à l’aise dans les milieux prétentieux, moralisateurs ou arrogants. Il s’y multiplie à une vitesse remarquable. Si on leur laisse la possibilité de s’installer , ils pullulent rapidement et il devient extrêmement compliqué de s’en débarrasser.
Longévité : La durée de vie d’un ilfautisme est très courte. Son existence est divisée en trois moments :
l’élaboration : quand l’individu le formule dans sa tête avant de le prononcer
la réalisation : le moment où l’individu dit la phrase qui le contient
la rumination : le moment où l’individu regrette sa formulation malheureuse
Nota Bene : Très souvent, l’élaboration et la réalisation sont contemporaines. La rumination, quant à elle, est un phénomène très rare. On ne la constate que chez des sujets particulièrement faibles.
Santé : Un ilfautisme sain doit être réalisé sur un ton franc, sec et à un volume sonore élevé. La maladie la plus fréquente dont souffrent les ilfautismes est bien sûr le doute. Les symptômes sont faciles à déceler : l’individu hésite, balbutie, transpire, parle à voix basse ou regarde ses chaussures. La situation est particulièrement inquiétante quand l’individu rougit.
Soin : Bien que notre objectif soit de le mettre en boîte, nous ne souhaitons la mort d’aucune espèce. Aussi, nous vous livrons une idée pour secourir un ilfautisme.
Rassurez l’ilfautiste qui le prononce en lui répétant cette réplique : « Tu es sûr de toi. Tu sais. Tu sais mieux que les autres. Tu as de bonnes raisons pour savoir mieux que les autres. Ton expérience ou ton intelligence te permettent de savoir mieux que les autres. »
Les attraper
C’est bien le mot et non l’individu que vous devez attraper. Le seul matériel nécessaire est un rouleau de scotch. La seule chose à savoir est la suivante : « aucun ilfautisme ne résiste à lui-même ! »
Dès que vous sentez qu’un ilfautisme est en cours d’élaboration, si vous prononcez la phrase : « il faut coller le scotch » en menaçant l’ilfautisme en fabrication d’un morceau de scotch, il s’arrachera à l’esprit de l’individu et viendra se coller au scotch sans attendre.
Les mettre en boîte
Le plus dur est fait. Il ne vous reste plus qu’à coller le scotch en le pliant en deux et le déposer dans une boîte prévue à cet effet. Pour les flatter, n’hésitez pas à leur offrir une belle boîte sur laquelle vous aurez écrit « boîte à ilfautisme » et dans laquelle vous aurez glissé quelques « oui » dociles.
martedì 24 giugno 2008
fin d'année mouchoirs mouillés
Comme c’est agréable.
Les élèves ont été absolument parfaits : cadeaux, pensées sincères, mots doux, regards tendres. Je ne saurais être plus comblée, plus satisfaite d’eux, de leurs émotions, de leurs élans du coeur, de leur attentions.
Comme c’est agréable de sentir qu’ils ne sont pas passés à côté de nous, qu’ils ont su nous regarder et savoir ce que nous avions au fond, sans se tromper.
Comme c'est agréable de sentir qu'on est pas non plus passés à côté d'eux.
Comme c'est désagréable de se quitter.
J’ai une chance incroyable de les avoir connus, de les avoir croisés et d’avoir travaillé avec eux. Je me sens comblée.
Une fois de plus !
Les élèves ont été absolument parfaits : cadeaux, pensées sincères, mots doux, regards tendres. Je ne saurais être plus comblée, plus satisfaite d’eux, de leurs émotions, de leurs élans du coeur, de leur attentions.
Comme c’est agréable de sentir qu’ils ne sont pas passés à côté de nous, qu’ils ont su nous regarder et savoir ce que nous avions au fond, sans se tromper.
Comme c'est agréable de sentir qu'on est pas non plus passés à côté d'eux.
Comme c'est désagréable de se quitter.
J’ai une chance incroyable de les avoir connus, de les avoir croisés et d’avoir travaillé avec eux. Je me sens comblée.
Une fois de plus !
martedì 10 giugno 2008
Peut-on envisager une aventure entre un anchois et une poubelle ?
J'avais promis la traduction de l'histoire du basilic... je l'ai ré-interpreté place Saint Eloi à Angers et le basilic est devenu... un anchois ! Et ne croyez pas que j'ai pris le premier animal venu, j'y ai pensé pas mal...
Peut-on envisager une aventure entre un anchois et une poubelle ?
Pendant les premiers jours de mai, une vieille dame de la ville avait acheté Laurent, un anchois, et l'avait déposé dans un aquarium place Saint Eloi, au numéro 1, à droite du garage. Oui, juste là, en face du musée des Beaux Arts. Laurent avait un tempérament exceptionnellement allègre, et il se remplissait de joie pour chaque petit événement. Les douze lampadaires de l'éclairage urbain de la place, de sacrés bavards, se moquaient de lui “ah, cet anchois, ce doit être un esprit simplet pour avoir cette tête de sardine” (voici une expression typique des lampadaires de l'éclairage public).
Il se contentait de ce qu'il avait (ses écailles) et il n'avait besoin de rien d'autre pour vivre (à part la nourriture séchée que lui donnait la vieille dame). Il avait tout de même, lui aussi, un rêve secret.
Depuis qu'il était arrivé, il voyait sans cesse des gens passer. Certains marchaient rapidement, ils savaient où ils allaient, d'autres se promenaient légers et étourdis. La troisième catégorie était la plus étrange. Pantacourts, sacs en bandoulière, regard émerveillé, et... surtout... appareil photo en main! Quand ils apparaissaient, les lampadaires murmuraient “les touristes “10 photographies à la seconde” arrivent”.
Ils arrivaient sur la place, immédiatement leur regard s'élevait, leur tête se penchait, leur cou s'allongeait. Ils faisaient deux pas en avant, deux pas sur le côté, deux pas en arrière. Cela pouvait sembler être une chorégraphie, une danse locale dédiée au musée mais ce n'était pas le cas. L'appareil photo fiché devant les yeux, ils photographiaient la tour, puis le masque, cette belle sculpture au centre, étrangement découpée sur les murs des maisons, puis le musée. Ils cherchaient en réalité comment rendre en photo l'équilibre de cette place à la forme tellement étrange. Ils pouvaient passer des heures à tourner leur appareil, à se tordre le cou, à discuter pour trouver une idée géniale, mais ils n'y arrivaient jamais. C'était toujours trop plat. Le photographe déçu montrait généralement le piètre résultat sur le mini-écran de son appareil photo à son accompagnateur et une grimace commune laissait comprendre que tous deux imaginaient le commentaire qui accompagnerait ensuite l'exhibition de ces photos à leurs amis : “un cauchemar cette place, impossible à photographier!”. Puis les touristes s'approchaient, intrigués, de l'entrée du musée jusqu'à passer la porte.
L'anchois, pendant ce temps, regardait passer les appareils photos et il rêvait et il rêvait d'en avoir un. Il espérait qu'un jour, un touriste distrait oublierait son arme juste devant lui.
Il en discuta longuement avec la porte du garage, à sa droite et ensemble, ils choisirent une stratégie.
Un touriste regardait en l'air quand la porte du garage s'est soudain ouverte, lui donnant un coup et faisant tomber l'appareil juste devant Laurent qui l'attrappa et la cacha dans la trape d'aération à sa gauche.
Le touriste, par miracle, ne se rendit compte de rien. Même les lampadaires restèrent muets.
Je ne vous raconte pas combien il était content notre cher anchois argenté! Il possédait désormais un trésor. Il l'utilisait avec parcimonie, comme quelqu'un qui ne veut pas user un objet précieux. Chaque jour, le musée fermait, il se permettait de prendre une photo, mais une seule. Avant, il regardait attentivement tous les détails autour de lui, il choisissait un coin qu'il n'avait pas encore remarqué et alors oui, il appuyait sur le bouton. Avec le sourire d'un enfant le jour de Noël, et l'air de quelqu'un qui vient de découvrir ce que c'est que l'amour, il éteignait l'appareil et le reposait dans la trape d'aération.
Il ne regarda jamais une seule de ses photos. Le plaisir était seulement dans la contemplation qui précédait le geste et dans l'idée que, si un jour il voulait les voir toutes, il suffisait de mettre en route l'engin.
Peu à peu, Lorenzo réussit à faire les photos de tous les détails de la place qui lui plaisaient et il commença à sentir le besoin de voir autre chose. Il ne voulait pas faire le tour du monde, ça non! Non, il était trop bien sur la place pour avoir l'idée de s'en aller. Il voulait découvrir la place selon un autre point de vue.
Un soir, peu avant la fermeture du musée, il donna l'appareil à une plante qui était juste à côté, dans un grand pot blanc. Le jour suivant, il le donna à une autre et ainsi de suite, jusqu'à la dernière plante alignée en face du musée. La dernière plante avait reçu, d'un touriste étourdi, un téléphone portable, et elle appelait toute la journée ses amis et ses parents, seulement pour appeler quelqu'un. “elle abuse un peu cette plante” disaient les lampadaires.
En fin de compte, chaque plante fut chargée de faire une photo, une seule, et d'un détail de la place qui lui plaisait en particulier. Peu après la fermeture, l'appareil revenait dans l'aquarium de l'anchois et lui regardait le résultat avec une grande attention. Il était fasciné : chaque jour il lui semblait découvrir un détail extrêmement exotique qu'il n'avait pas remarqué tout seul. Et, alors qu'avant il ne regardait jamais ses photos, il passait maintenant des heures à contempler celles des autres.
La présence de cet anchois esthète et un peu marginale, faisait parler tout le monde. Le lampadaire, celui du coin, racontait ce qu'il voyait aux rues adjacentes qui ne pouvaient pas voir la place et voulaient savoir comment était la dernière photo. Il était toujours très excité à l'idée de recevoir l'image et les lampadaires, éternels cancaniers, suivaient avec impatience ses réactions et commentaient tous les clichés.
Il y avait six plantes. La première photographia le buste de l'institut municipal, à droite. La deuxième choisit le masque, vu de derrière. La troisième immortalisa le banc juste en face. La quatrième envoya à Laurent l'inscription 1766 sur le mur qui jouxtait le musée. La cinquième prit le cadenas à gauche.
Un soir fut exceptionnellement émouvant. La dernière plante, celle qui avait le téléphone, prit une photo et la donna à l'anchois. Lui prit l'appareil, l'alluma, ses yeux s'ouvrirent en grand et il commencèrent à trembler et, enfin, ils se remplirent de larmes.
La plante avait photographiait la poubelle des déchets ménagers.
Pour une personne qui en a déjà vu mille des poubelles, toujours un peu abîmées, toujours un peu vieilles, c'est pas terrible d'en découvrir une de plus. Mais lui, le pauvre, il n'en avait jamais vu l'ombre d'une et il ne savait pas qu'il y en avait une sur la place. De l'endroit où il vivait depuis qu'il était arrivé, on ne voyait pas qu'il y avait une poubelle pour les déchets ménagers métallique à deux pas. Et quand il la vit, Laurent pensa tout de suite : “c'est la plus belle chose que je n'ai jamais vu de ma vie”. Et les lampadaires qui commentaient : “il est trop sensible cet anchois”.
A partir de ce moment, la seule chose qu'il voulut faire était s'approcher de la poubelle. Mais il ne savait pas marcher et il ne pouvait pas nager au delà de son aquarium. Par chance, il eut un idée : il demanda à la dernière plante de la place d'échanger l'appareil photo contre le téléphone portable. Il ne s'intéressait plus aux photos, seule la poubelle comptait désormais. La plante réfléchit un peu et puis elle accepta. Dès qu'elle reçut l'appareil, lle se mit à l'utiliser à chaque instant pour chaque détail insignifiant. Laurent, au contraire, quand il eut enfin avec lui le téléphone, attendit un jour avant d'essayer d'appuyer sur une touche. Puis, il demanda le numéro de l'éboueur aux lampadaires et il l'appela, un soir, à la fermeture du musée.
Il lui demanda de faire passer un message à la poubelle de sa part.
“Dites lui que je suis un anchois, que j'habite à deux pas et que je l'ai vue en photo.”
Rien d'autre.
Si, il demanda à l'éboueur de l'appeler pour lui donner sa réponse.
Le lendemain, à la même heure, il l'appela et lui confia ce qu'avait dit la poubelle : “Ah oui, les lampadaires parlent souvent de lui. Qu'est-ce qu'ils sont bavards ces lampadaires. Bon mais j'ai autre chose à faire, il y a une plante ici qui n'arrête pas de faire des photos. Je dois me maquiller et changer de vêtement.”
Les lampadaires dirent : “Ah, l'amour!”
L'anchois jeta le téléphone.
La plante la plus proche le prit et commença à passer un paquet de coups de téléphone à ses amis et à ses parents et.
La porte du garage dit à Laurent que, s'il voulait avoir du succès avec les poubelles, il devait être plus excessif. “L'excès est à la mode, pour plaire, exagère! Tu fais une photo par jour, il te faut 24 heures pour passer un coup de fil... tu est tristement parcimonieux.”
Et les lampadaires “Pauvre anchois rêveur et naïf. Il aurait bien mieux fait de ne pas tomber amoureux. Ainsi, il a perdu la naïveté, l'appareil photo, l'amour et même le téléphone.”
Et pourtant non. Ce n'était pas tout à fait exact.
Il a fallu un peu de temps, mais deux jours plus tard (c'est beaucoup deux jours dans la vie d'un anchois), Laurent retrouva son sourire d'enfant innocent. Il était heureux comme avant quand il papoter avec la porte de garage et se moquait des poubelles coquettes.
Un jour cependant, la vieille dame invita un cousin marseillais à déjeuner. Elle prépara des fouées pour les faire cuire dans son four à bois et on entendit une voix rauque : “les fouées à l'anchoïade, ça te semble faisable ?”
Et les lampadaires qui répétaient : “les fouées à l'anchoïade, ça te semble faisable ?”
Peut-on envisager une aventure entre un anchois et une poubelle ?
Pendant les premiers jours de mai, une vieille dame de la ville avait acheté Laurent, un anchois, et l'avait déposé dans un aquarium place Saint Eloi, au numéro 1, à droite du garage. Oui, juste là, en face du musée des Beaux Arts. Laurent avait un tempérament exceptionnellement allègre, et il se remplissait de joie pour chaque petit événement. Les douze lampadaires de l'éclairage urbain de la place, de sacrés bavards, se moquaient de lui “ah, cet anchois, ce doit être un esprit simplet pour avoir cette tête de sardine” (voici une expression typique des lampadaires de l'éclairage public).
Il se contentait de ce qu'il avait (ses écailles) et il n'avait besoin de rien d'autre pour vivre (à part la nourriture séchée que lui donnait la vieille dame). Il avait tout de même, lui aussi, un rêve secret.
Depuis qu'il était arrivé, il voyait sans cesse des gens passer. Certains marchaient rapidement, ils savaient où ils allaient, d'autres se promenaient légers et étourdis. La troisième catégorie était la plus étrange. Pantacourts, sacs en bandoulière, regard émerveillé, et... surtout... appareil photo en main! Quand ils apparaissaient, les lampadaires murmuraient “les touristes “10 photographies à la seconde” arrivent”.
Ils arrivaient sur la place, immédiatement leur regard s'élevait, leur tête se penchait, leur cou s'allongeait. Ils faisaient deux pas en avant, deux pas sur le côté, deux pas en arrière. Cela pouvait sembler être une chorégraphie, une danse locale dédiée au musée mais ce n'était pas le cas. L'appareil photo fiché devant les yeux, ils photographiaient la tour, puis le masque, cette belle sculpture au centre, étrangement découpée sur les murs des maisons, puis le musée. Ils cherchaient en réalité comment rendre en photo l'équilibre de cette place à la forme tellement étrange. Ils pouvaient passer des heures à tourner leur appareil, à se tordre le cou, à discuter pour trouver une idée géniale, mais ils n'y arrivaient jamais. C'était toujours trop plat. Le photographe déçu montrait généralement le piètre résultat sur le mini-écran de son appareil photo à son accompagnateur et une grimace commune laissait comprendre que tous deux imaginaient le commentaire qui accompagnerait ensuite l'exhibition de ces photos à leurs amis : “un cauchemar cette place, impossible à photographier!”. Puis les touristes s'approchaient, intrigués, de l'entrée du musée jusqu'à passer la porte.
L'anchois, pendant ce temps, regardait passer les appareils photos et il rêvait et il rêvait d'en avoir un. Il espérait qu'un jour, un touriste distrait oublierait son arme juste devant lui.
Il en discuta longuement avec la porte du garage, à sa droite et ensemble, ils choisirent une stratégie.
Un touriste regardait en l'air quand la porte du garage s'est soudain ouverte, lui donnant un coup et faisant tomber l'appareil juste devant Laurent qui l'attrappa et la cacha dans la trape d'aération à sa gauche.
Le touriste, par miracle, ne se rendit compte de rien. Même les lampadaires restèrent muets.
Je ne vous raconte pas combien il était content notre cher anchois argenté! Il possédait désormais un trésor. Il l'utilisait avec parcimonie, comme quelqu'un qui ne veut pas user un objet précieux. Chaque jour, le musée fermait, il se permettait de prendre une photo, mais une seule. Avant, il regardait attentivement tous les détails autour de lui, il choisissait un coin qu'il n'avait pas encore remarqué et alors oui, il appuyait sur le bouton. Avec le sourire d'un enfant le jour de Noël, et l'air de quelqu'un qui vient de découvrir ce que c'est que l'amour, il éteignait l'appareil et le reposait dans la trape d'aération.
Il ne regarda jamais une seule de ses photos. Le plaisir était seulement dans la contemplation qui précédait le geste et dans l'idée que, si un jour il voulait les voir toutes, il suffisait de mettre en route l'engin.
Peu à peu, Lorenzo réussit à faire les photos de tous les détails de la place qui lui plaisaient et il commença à sentir le besoin de voir autre chose. Il ne voulait pas faire le tour du monde, ça non! Non, il était trop bien sur la place pour avoir l'idée de s'en aller. Il voulait découvrir la place selon un autre point de vue.
Un soir, peu avant la fermeture du musée, il donna l'appareil à une plante qui était juste à côté, dans un grand pot blanc. Le jour suivant, il le donna à une autre et ainsi de suite, jusqu'à la dernière plante alignée en face du musée. La dernière plante avait reçu, d'un touriste étourdi, un téléphone portable, et elle appelait toute la journée ses amis et ses parents, seulement pour appeler quelqu'un. “elle abuse un peu cette plante” disaient les lampadaires.
En fin de compte, chaque plante fut chargée de faire une photo, une seule, et d'un détail de la place qui lui plaisait en particulier. Peu après la fermeture, l'appareil revenait dans l'aquarium de l'anchois et lui regardait le résultat avec une grande attention. Il était fasciné : chaque jour il lui semblait découvrir un détail extrêmement exotique qu'il n'avait pas remarqué tout seul. Et, alors qu'avant il ne regardait jamais ses photos, il passait maintenant des heures à contempler celles des autres.
La présence de cet anchois esthète et un peu marginale, faisait parler tout le monde. Le lampadaire, celui du coin, racontait ce qu'il voyait aux rues adjacentes qui ne pouvaient pas voir la place et voulaient savoir comment était la dernière photo. Il était toujours très excité à l'idée de recevoir l'image et les lampadaires, éternels cancaniers, suivaient avec impatience ses réactions et commentaient tous les clichés.
Il y avait six plantes. La première photographia le buste de l'institut municipal, à droite. La deuxième choisit le masque, vu de derrière. La troisième immortalisa le banc juste en face. La quatrième envoya à Laurent l'inscription 1766 sur le mur qui jouxtait le musée. La cinquième prit le cadenas à gauche.
Un soir fut exceptionnellement émouvant. La dernière plante, celle qui avait le téléphone, prit une photo et la donna à l'anchois. Lui prit l'appareil, l'alluma, ses yeux s'ouvrirent en grand et il commencèrent à trembler et, enfin, ils se remplirent de larmes.
La plante avait photographiait la poubelle des déchets ménagers.
Pour une personne qui en a déjà vu mille des poubelles, toujours un peu abîmées, toujours un peu vieilles, c'est pas terrible d'en découvrir une de plus. Mais lui, le pauvre, il n'en avait jamais vu l'ombre d'une et il ne savait pas qu'il y en avait une sur la place. De l'endroit où il vivait depuis qu'il était arrivé, on ne voyait pas qu'il y avait une poubelle pour les déchets ménagers métallique à deux pas. Et quand il la vit, Laurent pensa tout de suite : “c'est la plus belle chose que je n'ai jamais vu de ma vie”. Et les lampadaires qui commentaient : “il est trop sensible cet anchois”.
A partir de ce moment, la seule chose qu'il voulut faire était s'approcher de la poubelle. Mais il ne savait pas marcher et il ne pouvait pas nager au delà de son aquarium. Par chance, il eut un idée : il demanda à la dernière plante de la place d'échanger l'appareil photo contre le téléphone portable. Il ne s'intéressait plus aux photos, seule la poubelle comptait désormais. La plante réfléchit un peu et puis elle accepta. Dès qu'elle reçut l'appareil, lle se mit à l'utiliser à chaque instant pour chaque détail insignifiant. Laurent, au contraire, quand il eut enfin avec lui le téléphone, attendit un jour avant d'essayer d'appuyer sur une touche. Puis, il demanda le numéro de l'éboueur aux lampadaires et il l'appela, un soir, à la fermeture du musée.
Il lui demanda de faire passer un message à la poubelle de sa part.
“Dites lui que je suis un anchois, que j'habite à deux pas et que je l'ai vue en photo.”
Rien d'autre.
Si, il demanda à l'éboueur de l'appeler pour lui donner sa réponse.
Le lendemain, à la même heure, il l'appela et lui confia ce qu'avait dit la poubelle : “Ah oui, les lampadaires parlent souvent de lui. Qu'est-ce qu'ils sont bavards ces lampadaires. Bon mais j'ai autre chose à faire, il y a une plante ici qui n'arrête pas de faire des photos. Je dois me maquiller et changer de vêtement.”
Les lampadaires dirent : “Ah, l'amour!”
L'anchois jeta le téléphone.
La plante la plus proche le prit et commença à passer un paquet de coups de téléphone à ses amis et à ses parents et.
La porte du garage dit à Laurent que, s'il voulait avoir du succès avec les poubelles, il devait être plus excessif. “L'excès est à la mode, pour plaire, exagère! Tu fais une photo par jour, il te faut 24 heures pour passer un coup de fil... tu est tristement parcimonieux.”
Et les lampadaires “Pauvre anchois rêveur et naïf. Il aurait bien mieux fait de ne pas tomber amoureux. Ainsi, il a perdu la naïveté, l'appareil photo, l'amour et même le téléphone.”
Et pourtant non. Ce n'était pas tout à fait exact.
Il a fallu un peu de temps, mais deux jours plus tard (c'est beaucoup deux jours dans la vie d'un anchois), Laurent retrouva son sourire d'enfant innocent. Il était heureux comme avant quand il papoter avec la porte de garage et se moquait des poubelles coquettes.
Un jour cependant, la vieille dame invita un cousin marseillais à déjeuner. Elle prépara des fouées pour les faire cuire dans son four à bois et on entendit une voix rauque : “les fouées à l'anchoïade, ça te semble faisable ?”
Et les lampadaires qui répétaient : “les fouées à l'anchoïade, ça te semble faisable ?”
Iscriviti a:
Post (Atom)
